Si courir est une évasion grandeur nature, l'écriture est une relation à taille humaine.

Je dédie donc ce petit billet à Katia que j'ai rencontrée dans la file d'attente, avant le dernier soulagement de vessie pour prendre le départ de la Kerzerslauf d'hier !!! Eh oui.. tous les lieux sont propices aux rencontres ! Une petite pluie fine, des coureurs sagement alignés qui surveillent leur tour, et soudain une jeune femme qui me regarde timidement. Je la regarde, elle semble vouloir me dire quelque chose, je me trompe ? Est-ce que je la connais ? Je fouille dans ma mémoire qui me joue souvent des tours mais non, je n'arrive pas à la situer. En même temps, j'espère faire la connaissance d'Escargote et de Mabiscotte avant le départ. Retour dans ma mémoire, je lance un avis de disparition à mes souvenirs pour faire apparaitre les photos vues sur Facebook ou sur un forum de coureuses. Arghhhh... panne sèche d'information ! C'est alors que cette inconnue me demande si je ne serai pas Miss Evidence ! Bingo... j'ai compris ! Elle connaît mon blog et... même avec une casquette rose vissée sur ma tête et mes cheveux attachés, elle me relie avec mon clavier. Quelle honte... j'écris peu, je n'édite plus de nouvelles et pourtant, mes pattes et leur folie existent toujours dans la mémoire des lecteurs.

Katia, si tu lis ce billet, je te remercie pour notre petite rencontre ! C'est ta gentillesse et ta spontanéité qui m'ont invitée ce matin devant mon écran. Pas question de négliger l'écriture, retour donc sur cette superbe Kerzerslauf d'hier après-midi.

k0

Pour cette nouvelle aventure, nous avions proposé à Bruna et Christelle de se joindre à nous. Tina et Michel devaient nous rejoindre un peu plus tard. Finalement pas si tard que cela. Retrouvailles et éclats de rire au restauroute "Rose de la Broye", près d'Estavayer-le-lac, devant le rayon des chocolats Lindt ! C'est amusant car quelques minutes plus tôt, sur l'autoroute, nous avions déjà croisé un lapin doré qui nous faisait un clin d'oeil ! Sages comme des sportifs (c'est sage un sportif ?) nous n'avons pas craqué ! Pas une miette chocolatée dans nos veines, le dopage c'est pour les autres !!!

k1

De gauche à droite : Christelle, Miss Evidence, Bruna et Tina

(il manque mon Prince Charmant et Michel)

k2

Arrivés à Kerzers, nous suivons les instructions des nombreux engagés pour l'organisation des parkings. Waouwww.... c'est super bien géré, tip-top à la suisse-allemande ! Celle qui est moins synchronisée avec son sac, c'est Miss Evidence. Une chaussette par-ci, ma montre par-là, j'enfile un maillot puis j'hésite et rechange de tenue. Le ciel dévoile ses nuances de gris, la pluie fine s'amuse à dessiner des zones humides sur mes vêtements, le décor est planté : Bye bye le printemps, il nous a zappé !

Nous marchons joyeusement vers les vestiaires. Là aussi... c'est impressionnant. Je ne me souvenais pas qu'il y avait autant de coureurs pour cette épreuve. Mon unique participation datait de 2008 et c'était en catégorie Nordic-Walking. L'ambiance est festive, je ne ressens aucun stress pour le départ. N'ayant pas d'objectif, ni même d'allure déterminée pour les 15 km qui m'attendent, je me laisse porter par l'instant présent. Nos éclats de rire sont échauffés depuis longtemps ! Immortaliser notre humeur est capital !!!

k3

k5

k6

k4

Dernier bisou à mon Prince Charmant, encouragements pour les autres et je me glisse dans le dernier bloc avec Michel. Nous sympathisons avec un monsieur qui nous annonce qu'aujourd'hui c'est sa 24ème particpation à la Kerzerslauf et qu'il a 64 ans. Je ne peux m'empêcher de lui confier qu'il est un véritable modèle d'endurance. En mode total-relax, je n'avais pas vraiment étudié le parcours au préalable. Ce monsieur nous prévient que la montée du 10ème kilomètre, c'est juste inoubliable ! Yessss... un peu de piquant ne fait jamais de mal !

Ca y est... nous courons. La pluie fine ne me gêne pas. Très vite, j'ai un regret dans le choix de mon maillot. Chasse cette pensée Miss Evidence et assume ! J'ai chaud et ma casquette censée préserver mes yeux des gouttes de pluie m'agace déjà. Ces petites pensées, tels des réglages de l'esprit, semblent inévitables. Comme si je checkais ce qui va et ce qui va moins bien. Me libérer de ces images néfastent est urgent, je vire ma casquette que j'accroche à ma centure ventrale et j'oublie la surchauffe de mon corps sous mon maillot trop chaud. Cours Miss Evidence, lève les yeux et respire !

Tout va bien, bref coup d'oeil à ma montre, l'allure me convient. De grands arbres nous invitent à pénétrer dans un bois qui va nous accompagner sur plusieurs kilomètres. Mes souvenirs de 2008 me reviennent, j'aime ce décor, j'aime l'idée de courir l'esprit libre sans me préoccuper de savoir quel chemin emprunter. C'est ça aussi une course à pied ! Pas seulement un défl, une recherche absolue de chrono, mais aussi un voyage dans une région méconnue. Sans modération, je fais le plein d'images, j'oxygène mes poumons, je me vide l'esprit, je me laisse porter par ma musique. Surtout... je renoue avec une sensation familière : JE SUIS HEUREUSE !

Le bonheur a 1000 couleurs. Le mien, c'est un arc-en-ciel de sensations. Un lâcher-prise complet sur ma vie, une prise de contact intime avec mon âme, un échange entre mon mental et mes jambes. J'ai essayé à plusieurs reprises de trouver quelque chose de comparable dans la vie, sans baskets, sans ne jamais l'approcher. J'aime la vie d'une manière générale pourtant, il y a comme un autre monde quand je cours. Gros clin d'oeil à Jean-Marc Barr dans le Grand Bleu ! C'est là qu'il devient difficile d'expliquer à un non-coureur ce qui nous pousse à autant aimer la course à pied. Peut-être que tout s'implement les mots n'existent pas ! Il faut le vivre cet état pour l'imprimer !

J'aperçois Bruna qui court devant moi. Nous sommes sur un faux-plat. J'hésite à courir à ses côtés. Silencieusement, je me glisse dans son ombre. Ses foulées sont bonnes, elle va le faire, elle peut le faire ! C'est son premier 15 km ! Bruna, c'est l'une de mes débutantes du jeudi soir mais c'est surtout un sourire et un mental énooorme ! Début septembre 2014, elle découvrait notre initiation alternant marche et course. Quelques mois plus tard, elle a décroché le titre de modèle pour les autres débutantes. Sa volonté est sa force. Je me place à ses côtés et lui demande si tout va bien, ce qu'elle me confirme. Mes jambes sont avides de maintenir une allure constante, je laisse donc Bruna et j'allonge un peu.

Tout au long du parcours, je dépasse en douceur. Rien de spectaculaire, je n'ose pas vraiment forcer dans les pattes. Mon déroulé est élastique. Ca se dit ? En tout cas, c'est ce que je ressens. La semaine passée, j'avais consulté une vertébrologue et je ne peux pas m'empêcher de penser que ses manipulations sur ma colonne et mon bassin y sont pour quelque chose. Le terrain est accidenté, rien de  méchant mais habituée à courir essentiellement sur route, mon regard s'oblige à surveiller les cailloux, les trous et surtout les flaques d'eau. Un mélange de terrain légèrement gras, irrégulier et surtout humide dessine de jolies taches sur les mollets qui m'entourent ! Ce sont les paillettes d'un premier jour de printemps humide !

Nous courons au bord de l'Aar et soudain, la fameuse montée du 10ème kilomètre s'impose telle une reine nous regardant de son trône. Ah ouais... quand même ! Ce n'est donc pas une blague ! Je m'accroche, je ralentis terriblement mes pas, je trottine en pensant à mon coeur qui ne doit pas s'affoler. Le mental est toujours au top, les jambes vont bien pourtant... l'inclinaison aura raison de ma détermination et je marche. De longs pas pour ne pas perdre trop de temps et je dépasse encore. J'atteins la fin de cette escalade et mes cuissent sont bien présentes ! Ni douloureuses, ni crispées, elles me rapellent simplement que je dois les ménager si je veux retrouver mon allure de course. C'est reparti !

Plus que 5 km et ce sera l'arrivée. Je ne suis pas pressée. Les kilomètres défilent rapidement, preuve que je ne suis pas en souffrance, bien au contraire. Je m'étonne à chaque panneau affichant le nouveau kilomètre franchi. Toutefois, petit coup de mou au 12ème que je maîtrise aisément en ralentissant légèrement. Le 13ème est une surprise, il déroule une descente qui me convient parfaitement ! Je me glisse dans une allure plus soutenue. A ce moment, j'ignore si cela tiendra jusqu'au bout. A nouveau, je stoppe mes pensées inutiles pour restée connectée uniquement avec mes sensations physiques et ça fonctionne à merveille ! Mes foulées se libèrent, l'esprit est dans mes pattes, je laisse les rennes à mon corps qui s'amuse grignoter des secondes à chaque pas. Je ne cours plus, je m'envole. Mon poids terrestre est un souvenir, je me sens légère et en harmonie avec l'instant présent. La ligne d'arrivée me tend les bras et j'accèlère... je donne TOUT pour un sprint final qui éclate comme une récompense.

Ma montre Garmin piaffe d'impatience de m'annoncer que je viens d'établir de nouveaux records ! C'est INCROYABLE ! Si j'avais voulu le faire, la pession de l'objectif aurait déteint sur mon esprit libre. 

Meilleur chrono sur 5 km : 29 minutes

Meilleur chrono sur 10 km : 1 heure 01

Kerzerslauf 2015 - 15 km : 1 heure 34

k10

Une douche plus tard, je retrouve les amis et champions du jour ! La fête n'est pas terminée. Chacun savoure sa course autour d'un plat de röstis, hot-dog et toast Hawaï servis dans une boulangerie ! La course à pied, c'est toujours une histoire d'amitié !!!

Prince Charmant : 1'07 - Christelle : 1'17 - Michel 1'26 - Miss Evidence 1'34 - Bruna : 1'48 - Tina : 2'23 en Walking

Un énooooorme MERCI à toute l'équipe qui gère l'organisation de cette magnifique course ainsi qu'un sincère remerciement aux animations musicales (Steelband, joueurs de Cor des Alpes, Guggenmusik).